COSMIC PROCRASTINATION (A.B)

English translation bellow >>>>

Procrastination cosmique – pour TOMORROW de Martine Doyen ( un texte d’Antoine Boute)

La procrastination je n’y connais rien, je sais juste que c’est remettre à plus tard des choses qu’il faudrait qu’on fasse tout de suite. Mais déjà ça je crois que ça suffit pour réfléchir à certaines choses :

1/ Il s’agit d’un phénomène ou d’un problème de luxe : peut-être que ce à quoi la procrastination touche, ça ne peut être que ce qui se place au-delà du stade de la survie. peut-être qu’on ne procrastine pas avec du vital : sinon ce serait du suicide ou du meurtre, ce qui est tout de même autre chose ; non, la procrastination c’est moins sérieux, c’est plus léger. En termes géopolitiques on pourrait dire que la procrastination est un phénomène qui ne peut avoir lieu que sur les parties de la planète où il est économiquement possible de procrastiner.

2/ Ce qui par ailleurs me paraît intéressant, c’est que la procrastination entretient un lien étroit avec le « falloir » : remettre à plus ce qu’il « faut que je fasse » maintenant : du coup la procrastination serait une sorte de rire suicidaire, un rire suicidaire pas du tout drôle qui met la vie de celui qui procrastine en décalage par rapport à ses obligations non strictement vitales. Sans rien connaître à la psychologie de la procrastination on pourrait se dire je crois que la procrastination pourrait mener jusqu’à une sorte de suicide social. En effet si on pousse la logique de la procrastination jusqu’au bout, hé bien on peut y englober toutes les actions qui ne font pas partie de la vie en tant qu’organique ou biologique. Toutes ces actions sont évidemment tjrs déjà imprégnées de culture humaine, ce qui fait donc de la procrastination une sorte de rire souverain par lequel le procrastinateur se mettrait radicalement/souverainement en décalage par rapport à la société.

3/ La troisième chose qui me paraît intéressante, c’est que cette rupture à la fois radicale, souveraine par rapport au social se joue dans une sorte de rire tragique et suicidaire, et donc pas du tout drôle. La secousse par laquelle le procrastinateur se détache de tout le tissu des obligations sociales tient inévitablement du rire en tant que le détachement, sous quelque forme que ce soit, forme une des conditions du rire, ensemble avec un engagement du corps précisément dans la gratuité de l’excès par rapport à l’obligatoire. Le procrastinateur rit (rit mais sans rire) par le fait qu’il fait glisser son corps et son existence en dehors de l’obligatoire. Ce rire calme, tranquille, déprimé, pas du tout drôle m’intéresse en ce qu’il peut emmener la vie dans une passivité telle qu’elle en viendrait à toucher la mort. Toucher la mort c’est-à-dire la toucher mais pas complètement évidemment, sinon on n’est plus dans la procrastination mais dans le suicide, ce qui n’est pas le sujet. La procrastination touche à la mort mais sans y toucher, elle touche à la mort mais avec tact, en somme.

4/ Quatrième point qui m’intéresse dans la procrastination : c’est le rapport au temps que cela implique. Le fait de toujours remettre à plus tard des obligations implique bien sûr une distension du temps, un étirement progressif de celui-ci jusqu’à le faire basculer complètement du temps social au temps biologique. La procrastination devient donc une sorte de méditation négative (peut-être comme on parle de théologie négative), c’est-à-dire atteindre ce qu’on voudrait atteindre en faisant le contraire de ce qu’il faut faire pour y atteindre. Sauf qu’ici le procrastinateur n’est même pas conscient de ce qu’il veut atteindre ; or qu’atteint-il, qu’il le veuille ou non ? Ce qu’il atteint, c’est une dilatation telle du temps (à force de ne rien faire) que celui-ci se met à se confondre avec l’espace. Quel espace ? Hé bien l’espace, tant interne qu’externe, de son corps mais également du lieu dans lequel ce corps vit ou survit ou est posé. Cet espace-là sera alors à l’extrême un espace en déconnexion totale avec ce qu’est un espace socialement construit, mais sera au contraire un espace complètement ergonomique à la procrastination : un espace désastreux, « désastreux » donc qui tient du désastre, donc hors du système des astres, hors du système cosmique, logique, signifiant, un espace pour la chute hors de tout ça, un espace pour le déchet du sens et du cosmos qu’est le procrastinateur.

Le procrastinateur, à la limite, c’est la poubelle du cosmos, en quelque sorte, pourrait-on dire. Le procrastinateur, c’est celui qui, depuis la poubelle de son corps, depuis son corps-poubelle, contemple, envie et fantasme la perfection mentale du cosmos : remettre les obligations à plus tard dans le temps revient, par cet étirement du temps à même son propre corps, à faire se toucher deux extrêmes : le désastre de la déchéance ordurière et la perfection cosmique, la chute hors du sens et du monde et la structure parfaitement rythmée des lois naturelles qui font du réel quelque chose qui tient debout. La procrastination, du coup, ce serait une sorte d’art du toucher : l’art de faire se toucher le chaos ordurier et informe et la plénitude accomplie de l’existence du réel. Le procrastinateur est un artiste-performeur de la passivité maximale, révolutionnaire et tragique qui mène à un en-deçà de la nuit du chaos, à une sorte de créativité à la fois complètement originaire puisque purifiée de toute imposition parasite de sens et à la fois complètement ordurière, puisque ne pouvant se réaliser qu’à partir de morceaux de chaos.

Antoine Boute

Cosmic Procrastination – for TOMORROW by Martine Doyen

(© Antoine Boute)

I know nothing of procrastination except that it is putting things that we must do straight away off until later. But already this allows us to think about it:

1/ It is a rich man’s phenomenon and problem : maybe what procrastination touches upon can only be that which posits itself beyond the state of survival. Maybe we do not procrastinate in regards to vital things : otherwise, it would be suicide or murder, which is something quite different ; no, procrastination is something less serious than that, something lighter. In geopolitical terms we could say that procrastination is a phenomenon which can only take place in parts of the world where it is economically possible to procrastinate.

2/ Besides, what I find interesting is that procrastination has a strong link to « must »: to put off until later what « I must do » now: in that respect, procrastination would be some sort of suicidal laughter, a suicidal laughter far from funny which puts the life of the one procrastinating at difference in regards to his obligations which are not strictly vital. Without knowing anything about the psychology of procrastination, we could I think say that procrastination could lead to some sort of social suicide. Indeed, if we apply the logic of procrastination to the limit, well we can encompass all the actions which are not part of life as organic or biological phenomenon. All these actions are evidently always already impregnated by human culture, which makes procrastination a sort of sovereign laugh by which the procrastinator posits himself as radically different to society.

3/

The third thing which seems interesting to me is that this at once radical and sovereign fracture with the social plays itself out in a tragic and suicidal laugh, thereby being far from funny. The jolt by which the procrastinator detaches himself from the tissue of social obligation is inevitably linked to the laugh as such, in that detachment, in whichever form it may take, forms one of the conditions of laughter, together with the commitment of the body’s gratuity of excess in relationship to what is compulsory. The procrastinator laughs (but without laughing) because he makes his body and existence slide outside the compulsory. This calm, quiet, depressed and not very funny laugh interests me in that it may lead life into a passivity close to touching death. Touching death, that is to say touching it but not of course completely, for else we would no longer be in the act of procrastination but in suicide, which is not the subject here. Procrastination touches death without touching it. It touches death as it were, tactfully.

4/

The fourth thing which interests me in procrastination is the relationship it implies to time. Always putting compulsory things off until later implies a distension of time, a progressive stretching of time which makes it change from social to biological time. Procrastination therefore becomes a kind of negative meditation (as when we speak of negative theology), which is to say reaching a point we are aiming for by doing the exact opposite of what is needed to reach it. Except that the procrastinator is not even aware of what he is aiming for ; and yet what does he reach, whether he wills it or not? What he reaches is such a dilation of time (by doing nothing) that time itself is mistaken for space. What space? Well, the space, as much internal as external, of his body as well as the place in which this body lives or survives or is placed. That very space will then be in the very extreme a space in total disconnection to what a social space is, but at the same time a space completely ergonomic to the needs of procrastination : a disastrous space, « disastrous » as in pertaining to disaster, which is to say out of the astral system, out of the cosmic, logical and signifying order, a space for the fall from the system, a space for the dregs of sense and the cosmos that is the procrastinator.

We could say, in some way, that the procrastinator is the trash can of the universe. The procrastinator is the one who, from his trash can of a body, from his trash-can-body, contemplates, envies and fantasizes the mental perfection of the cosmos. Putting off obligation until later in time, through the stretching of time through his body, makes two extremes come together : the disaster of filthy degeneration and cosmic perfection, the fall from sense and the world and the perfectly rhythmic structure of natural laws which make the real stand up. As such, procrastination would be the art of touch : the art of making the filthy shapeless chaos and the accomplished existence of real fullness touch. The procrastinator is the performing-artist of a maximum passivity, at once revolutionary and tragic which leads to before the night of chaos, to a kind of creativity at once completely native since purified of all imposed parasitic sense and completely filthy, since it can only realize itself from pieces of chaos.

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